Un exploitant agricole ne touche pas un « salaire » mais un revenu, égal à ce qui reste une fois les charges payées : il est donc très variable. Le revenu d'activité moyen des non-salariés agricoles tourne autour de 2 500 € par mois, mais les écarts sont énormes selon la filière et l'année. Un éleveur laitier se situe souvent entre 1 300 et 1 600 € nets par mois, alors qu'un céréalier performant ou un viticulteur en appellation peut dépasser 4 000 €. À l'inverse, certaines campagnes se soldent par un revenu très faible, voire négatif : environ un agriculteur sur six vit sous le seuil de pauvreté, et près de 40 % du revenu agricole provient des aides de la PAC. Un directeur d'exploitation salarié, lui, démarre plutôt autour de 1 900 à 2 200 € bruts par mois et peut atteindre 3 000 € et plus avec l'expérience.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (~22 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Le métier reste accessible avec un CAP agricole (CAPa Métiers de l'agriculture) ou par l'expérience, notamment dans le cadre familial. Mais pour s'installer dans de bonnes conditions — et surtout pour toucher les aides à l'installation — il faut justifier de la capacité professionnelle agricole (CPA), qui suppose un diplôme d'au moins niveau bac agricole : bac pro Conduite et gestion de l'entreprise agricole (CGEA), bac pro Conduite et gestion de l'entreprise vitivinicole, ou BP Responsable d'entreprise agricole (BPREA), très utilisé par les personnes en reconversion (formation en 1 an, accessible dès 18 ans avec un an d'activité professionnelle). Le BTSA ACSE (Analyse, conduite et stratégie de l'entreprise agricole) est la référence bac+2 pour piloter une exploitation moderne et bien maîtriser la gestion. Au-delà, une licence pro agronomie ou un diplôme d'ingénieur agronome (AgroParisTech, écoles du réseau Agro, UniLaSalle, ESA d'Angers) ouvre sur de grandes structures ou des projets techniquement pointus. La quasi-totalité de ces formations se prépare en lycée agricole, en MFR (Maisons familiales rurales) ou en CFA, très souvent en apprentissage. Un stage de parrainage ou un passage comme salarié agricole avant l'installation est fortement conseillé.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
La journée d'un exploitant agricole commence tôt. En élevage, elle démarre par les soins aux animaux : alimentation, traite, surveillance sanitaire, paillage. En cultures, elle s'organise autour des travaux de saison : préparation des sols, semis, fertilisation, protection des cultures, irrigation, puis récolte. Une grande partie du temps se passe au volant d'un tracteur ou d'une machine (semoir, pulvérisateur, moissonneuse-batteuse), qu'il faut aussi entretenir et réparer soi-même.
Mais l'exploitant n'est pas seulement un producteur : c'est un chef d'entreprise. Il tient sa comptabilité, remplit ses déclarations PAC, négocie avec les coopératives, les banques et les fournisseurs, calcule ses coûts de production et fixe ses prix. De plus en plus, il commercialise lui-même une partie de sa production (vente directe, marchés, AMAP, magasins de producteurs) et gère sa communication. Il peut aussi encadrer des salariés, des saisonniers ou des apprentis. Le numérique est partout : logiciels de gestion de parcelles, GPS embarqué, capteurs, robots de traite, drones de surveillance.
C'est un métier physique et exigeant. Les exploitants agricoles travaillent en moyenne autour de 54 heures par semaine, avec des pointes très fortes en période de moisson, de vendange ou de vêlage. Selon l'Insee, 76 % d'entre eux ne disposent pas de 48 heures consécutives de repos hebdomadaire et 60 % travaillent habituellement le dimanche : en élevage, l'astreinte quotidienne (traite matin et soir, soins) ne s'arrête ni le week-end ni les jours fériés. Le travail se fait majoritairement dehors, par tous les temps, avec du port de charges, des postures contraignantes et l'usage de machines qui exige une vraie vigilance sécurité. Le bureau existe aussi : administratif, comptabilité et suivi technique occupent plusieurs heures par semaine.
La plupart des exploitants sont non-salariés et travaillent seuls ou en famille, souvent en société (GAEC, EARL, SCEA) pour partager le matériel, les astreintes et les responsabilités. L'entraide entre voisins, les CUMA (coopératives de matériel) et les services de remplacement permettent de souffler et de prendre des congés. Le revenu est très variable et dépend des rendements, des cours mondiaux, des aides de la PAC et de la météo : c'est la principale contrainte psychologique du métier.
Un jeune commence souvent comme ouvrier ou salarié agricole, puis s'installe — par reprise de la ferme familiale, par reprise d'une exploitation à céder ou par création. L'installation peut être aidée : l'aide à l'installation des jeunes agriculteurs (AIJA), dont le montant moyen a fortement augmenté ces dernières années, suppose de détenir la capacité professionnelle agricole (diplôme de niveau bac agricole minimum) et de bâtir un projet d'entreprise validé.
Ensuite, on fait évoluer son exploitation : agrandissement, conversion en agriculture biologique, diversification (transformation à la ferme, vente directe, agritourisme, gîtes, méthanisation, agrivoltaïsme), montée en gamme avec des signes de qualité (AOP, label rouge). D'autres deviennent directeur d'une grande exploitation ou d'un domaine viticole, chef de culture dans une structure importante, ou passent à des métiers connexes : conseiller agricole en chambre d'agriculture ou en coopérative, technico-commercial en agroéquipement, formateur en lycée agricole, responsable dans une coopérative ou une interprofession. Beaucoup s'engagent aussi dans les structures professionnelles (syndicat, coopérative, CUMA, chambre d'agriculture).
La France a un besoin massif de nouveaux agriculteurs : plus de 40 % des chefs d'exploitation ont dépassé 55 ans et, d'ici 2030, plus d'un tiers d'entre eux — environ 160 000 personnes — atteindront l'âge de la retraite. Beaucoup de fermes cherchent un repreneur, y compris hors du cadre familial : près d'un installé sur trois n'est pas issu du monde agricole. La loi d'orientation agricole de mars 2025 a fait du renouvellement des générations une priorité nationale, avec un guichet unique « France Services Agriculture » prévu à partir de 2027 et une aide à l'installation revalorisée (montant moyen passé d'environ 28 800 € à 49 400 €). La difficulté n'est donc pas de trouver une exploitation, mais de réunir le capital de départ (foncier, matériel, cheptel) et de construire un projet économiquement solide. Les filières en vente directe, en bio, en maraîchage de proximité et en agritourisme sont particulièrement porteuses près des zones urbaines.