Un cordonnier salarié débutant démarre en général au SMIC ou juste au-dessus, soit environ 1 800 à 1 900 € brut par mois (l'ONISEP indique 1 823 € brut pour un débutant). Après quelques années, un professionnel qualifié se situe autour de 2 000 à 2 600 € brut. À son compte, tout dépend de l'emplacement et de la clientèle : un atelier bien situé peut dégager davantage (souvent cité entre 2 000 et 3 000 € net mensuels pour un atelier solo bien tenu), mais les revenus sont irréguliers et il faut déduire loyer, machines, matières et charges. Les spécialités valorisées (bottier sur mesure, restauration de maroquinerie de luxe) tirent la rémunération vers le haut.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (~22 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Le métier s'apprend d'abord par un CAP, préparé en 2 ans après la 3e (ou en 1 an pour les adultes en reconversion et les titulaires d'un premier diplôme), en lycée professionnel ou surtout en apprentissage en CFA. Deux CAP mènent au métier : le CAP cordonnerie multiservice (réparation + services annexes : clés, gravure, affûtage, vente) et le CAP cordonnier bottier (fabrication de chaussures sur mesure et restauration), notamment proposé par les Compagnons du Devoir. On peut ensuite se perfectionner avec le BTM cordonnier (niveau bac, en 2 ans après le CAP), qui prépare à diriger un atelier et à former des apprentis, ou avec un titre professionnel de cordonnier multiservice accessible en formation continue (AFPA, chambres de métiers, centres agréés — la FFCM tient la liste des centres par région). Côté fabrication industrielle ou luxe, le bac pro métiers du cuir option chaussures puis le BTS métiers de la mode – chaussure et maroquinerie ouvrent vers le prototypage et le bureau d'études. La VAE permet enfin aux professionnels expérimentés de faire reconnaître leur savoir-faire sans repasser par l'école.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
La journée d'un cordonnier commence souvent au comptoir : un client arrive avec une paire de bottines dont le talon est cassé, un sac dont la fermeture éclair a lâché ou une veste en cuir déchirée. Première étape, poser un diagnostic et annoncer un prix : est-ce réparable, avec quelle technique, en combien de temps ?
Vient ensuite le travail d'atelier. Décoller ou découdre la partie usée, tracer et découper la pièce de remplacement dans le cuir ou le caoutchouc, la poncer, la fixer par collage, clouage ou couture à la machine, puis poncer à nouveau, teinter, cirer et lustrer pour que la réparation ne se voie plus. Ressemelage, pose de patins et de talonnettes, changement de fermetures, réparation de sacs et de ceintures, élargissement d'une chaussure trop serrée : les gestes changent à chaque paire. Beaucoup de cordonneries sont aujourd'hui « multiservices » et proposent aussi la reproduction de clés, la gravure, l'affûtage, les plaques d'immatriculation ou la vente de produits d'entretien. Le cordonnier-bottier, lui, va plus loin : il fabrique des chaussures sur mesure, à la main, pour des clients aux pieds difficiles ou pour le luxe.
On travaille dans un atelier qui sert aussi de boutique, debout la plupart du temps, parfois assis à l'établi ou à la machine. L'ambiance est celle d'un artisanat vivant : bruit des machines à poncer et à coudre, poussière de cuir, odeur des colles et des solvants — d'où le port de gants, de lunettes et l'importance d'un local bien ventilé. Les horaires suivent ceux du commerce, avec en général le samedi travaillé et un jour de repos en semaine. Le rythme alterne les moments calmes et les coups de feu (rentrée, avant-fêtes, retour de l'automne). Le contact client compte autant que la technique : conseiller sur l'entretien d'une paire, expliquer pourquoi une réparation coûte 25 € ou 60 €, fidéliser un quartier.
Après quelques années comme salarié dans une cordonnerie ou une enseigne de réparation rapide, on peut devenir chef d'atelier, responsable d'un point de vente, ou formateur en CFA. La voie la plus fréquente reste l'installation à son compte : reprendre une cordonnerie existante (beaucoup de patrons partent à la retraite) ou en créer une, avec le statut d'artisan. On peut aussi se spécialiser : restauration de maroquinerie de luxe, chaussure sur mesure (bottier) après un CAP cordonnier bottier ou un passage chez les Compagnons du Devoir, orthopédie avec une passerelle vers le métier de podo-orthésiste, ou encore travail pour les grandes maisons de luxe et les services après-vente haut de gamme.
Le nombre de cordonneries a fortement baissé depuis les années 1980, mais la tendance s'est inversée : la demande de réparation progresse régulièrement depuis 2018, portée par le pouvoir d'achat, la seconde main et le bonus réparation chaussures financé via Refashion. Résultat, les ateliers cherchent des bras alors que très peu de jeunes sortent chaque année d'un CAP cordonnerie : les offres d'emploi sont peu nombreuses en volume (c'est un petit métier), mais les candidats formés trouvent vite. Les employeurs sont les cordonneries indépendantes, les enseignes de réparation rapide en centre commercial et en gare, les services après-vente des marques de chaussures et de maroquinerie de luxe, et les ateliers d'orthopédie. Une opportunité supplémentaire : de nombreux artisans partent à la retraite et cherchent un repreneur, ce qui permet de s'installer sans partir de zéro.