Pendant la thèse, le contrat doctoral se situe autour de 2 100-2 300 € brut par mois. À l'entrée dans la carrière publique, un chargé de recherche CNRS ou un maître de conférences débute au 1er échelon à environ 2 360 € brut mensuel (indice majoré 479), auxquels s'ajoute la composante statutaire du RIPEC de 4 800 € brut par an (400 €/mois), soit environ 2 750 € brut. La grille de chargé de recherche monte jusqu'à environ 4 100 € brut en fin de classe normale, davantage en hors classe, en tant que directeur de recherche ou professeur des universités (jusqu'à environ 5 000-6 000 € brut en fin de carrière avec les primes). Hors du secteur académique, un jeune docteur ou un chargé d'études en sociologie démarre plutôt entre 1 800 et 2 300 € brut, avec des rémunérations plus élevées dans les cabinets privés, le conseil ou la data. Les débuts sont souvent marqués par des vacations, des CDD et des temps partiels avant un poste stable.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (statut cadre, ~25 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Le parcours type est entièrement universitaire : licence en sciences humaines et sociales (sociologie, histoire, psychologie, géographie, économie, lettres, philosophie…) après un bac général, puis master orienté recherche (bac+5) où l'on rédige un premier mémoire et où l'on apprend les méthodes d'enquête. Le diplôme qui fait le chercheur est le doctorat (bac+8) : 3 à 6 ans de thèse préparés dans l'une des écoles doctorales, idéalement avec un financement (contrat doctoral, bourse, convention CIFRE en entreprise). À la rentrée 2023, 43 % des doctorants français étaient inscrits en sciences humaines et sociales, et 79 % des primo-inscrits en thèse étaient financés ; les thèses en SHS sont en moyenne plus longues que dans les autres disciplines.
D'autres voies mènent au même point : classe préparatoire littéraire (A/L, B/L) puis ENS, Institut d'études politiques (Sciences Po), ou École des hautes études en sciences sociales (EHESS), qui forme spécifiquement par la recherche à travers des séminaires. Après la thèse, un ou plusieurs contrats post-doctoraux (souvent à l'étranger) sont devenus la norme avant de candidater aux concours. Pour l'université, il faut d'abord obtenir la qualification du CNU (Conseil national des universités) avant de se présenter aux concours de maître de conférences ; pour le CNRS, on candidate directement aux concours de chargé de recherche.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
Le quotidien d'un chercheur en SHS (sociologie, histoire, psychologie, économie, géographie, anthropologie, linguistique…) ressemble peu à celui d'un scientifique en blouse blanche. Sa matière première, ce sont les sociétés humaines : il construit une question de recherche, choisit une méthode (entretiens, observation de terrain, questionnaires, dépouillement d'archives, analyse de bases de données) puis collecte lui-même ses matériaux. Une partie importante du travail se passe donc « hors du bureau » : en immersion dans un quartier, une entreprise ou une association, dans des services d'archives, ou au contact d'enquêtés.
Vient ensuite le temps de l'analyse : coder des entretiens, croiser des statistiques, comparer des sources, confronter ses résultats aux travaux déjà publiés. Le chercheur écrit beaucoup — articles pour des revues scientifiques (souvent en anglais), chapitres d'ouvrages, rapports pour des commanditaires — et ses textes sont relus de façon critique par ses pairs avant publication. Il présente aussi ses travaux en colloques et séminaires, répond à des appels à projets pour financer ses enquêtes, encadre des étudiants et des doctorants, et participe à la vie de son laboratoire. Quand il est enseignant-chercheur à l'université, il assure en plus 192 heures de cours équivalent TD par an.
La très grande majorité des chercheurs en SHS travaille dans le secteur public : universités (comme maître de conférences puis professeur), grands organismes de recherche (CNRS, INED, INRAE, IRD, EHESS), écoles (IEP, ENS), ou établissements publics d'études. D'autres exercent hors du monde académique : instituts de sondage, bureaux d'études sociologiques ou urbaines, services études de grandes entreprises, ministères, collectivités, ONG et fondations.
Le rythme est très autonome, mais peu compatible avec le « 9h-17h » : les échéances (dépôt de projet, rendu d'article, colloque) structurent des périodes très denses, et le travail d'écriture déborde souvent sur les soirées. Une partie des tâches — lecture, analyse, rédaction — se fait facilement à distance, mais les terrains, les séminaires, les cours et la vie de laboratoire imposent une présence régulière. Les déplacements sont fréquents, parfois à l'étranger (terrains, archives, conférences internationales). Le métier est peu physique, mais mentalement exigeant : il faut supporter l'incertitude, la critique et le fait que les résultats mettent des années à mûrir.
La carrière académique suit un chemin balisé : doctorat, souvent un ou plusieurs contrats post-doctoraux, puis concours pour devenir maître de conférences ou chargé de recherche. Après l'HDR (habilitation à diriger des recherches), on peut devenir professeur des universités ou directeur de recherche, diriger une équipe, un laboratoire ou une école doctorale. Certains se spécialisent dans la coordination de grands projets européens (ERC, ANR) ou prennent des responsabilités administratives (vice-président d'université, directeur d'unité).
Les places permanentes étant peu nombreuses, beaucoup de docteurs en SHS valorisent leurs compétences ailleurs, et c'est une trajectoire tout à fait normale : chargé d'études dans un institut de sondage ou une agence d'urbanisme, data analyst ou UX researcher dans le numérique, chargé d'évaluation de politiques publiques, consultant, journaliste spécialisé, métiers de la culture et du patrimoine, de la documentation ou de l'édition. Le doctorat est reconnu au niveau bac+8 et ouvre aussi certains concours de la fonction publique de catégorie A.
C'est le point à connaître avant de s'engager : les postes permanents sont rares et très disputés. Les concours du CNRS en sciences humaines et sociales n'ouvrent chaque année qu'un nombre très limité de postes de chargé de recherche par section, avec plusieurs dizaines de candidats par poste, tous titulaires d'un doctorat et souvent de plusieurs années de post-doctorat. Le recrutement des maîtres de conférences suit la même logique (qualification CNU puis concours par établissement), dans un contexte de budgets contraints pour l'enseignement supérieur. Résultat : de nombreux docteurs enchaînent contrats post-doctoraux, ATER et vacations pendant plusieurs années, et une part importante d'entre eux construit finalement sa carrière hors de l'université. La bonne nouvelle, c'est que les compétences acquises — construire une problématique, mener une enquête, analyser des données qualitatives et quantitatives, rédiger et argumenter — se recyclent très bien : instituts de sondage et d'études, agences d'urbanisme, évaluation des politiques publiques, ministères et collectivités, ONG, UX research et data analyse dans le numérique, édition, médias, conseil. Les financements de thèse en CIFRE (en entreprise) et les chaires juniors constituent aussi des portes d'entrée en développement. Se former tôt aux méthodes quantitatives, aux outils numériques et à l'anglais élargit nettement les débouchés.