Salarié en agence, un roughman débutant gagne environ 1 900 à 2 500 € bruts par mois ; avec de l'expérience et une bonne réputation, la rémunération monte vers 3 500 à 4 000 € bruts, et peut dépasser 5 000 € pour les profils les plus demandés. En freelance — le cas le plus fréquent — la rémunération se négocie à la planche ou au projet, selon la complexité du dessin, le volume commandé, le client et la notoriété : les revenus sont donc très variables d'un mois à l'autre, et il faut intégrer les charges sociales et les périodes creuses dans son calcul.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (~22 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Il n'existe pas de diplôme « roughman » : on entre dans le métier par les arts appliqués et le dessin, et c'est le book (portfolio) qui fait la différence à l'embauche. Parcours le plus courant : un bac STD2A (sciences et technologies du design et des arts appliqués), un bac général avec option arts plastiques ou un bac pro AMA communication visuelle plurimédia, puis un DN MADE mention graphisme (bac+3), qui a remplacé le BTS design graphique. Les écoles d'art publiques (DNA puis DNSEP option design, bac+3/bac+5) et les écoles privées d'illustration et d'animation (Émile Cohl, ESMA, LISAA, École de Condé, Bellecour…) mènent aussi au métier, avec une pédagogie très centrée sur le dessin d'observation et la perspective. Un DSAA design (bac+5) ouvre plutôt vers la direction artistique. L'accès reste possible dès bac+2 avec un très bon niveau de dessin, mais bac+3 est aujourd'hui la norme. Dans tous les cas, la pratique quotidienne du croquis, les stages en agence et la constitution d'un réseau chez les directeurs artistiques comptent autant que le diplôme.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
Tout commence par un brief : un directeur artistique, un réalisateur ou un client explique une idée de campagne, de scène ou de produit. Le roughman écoute, pose des questions, repère l'essentiel du message — puis il dessine. En quelques minutes, il produit des croquis au marqueur, au crayon ou sur tablette graphique : cadrages possibles, mise en scène des personnages, ambiance, couleurs dominantes. On ne cherche pas la perfection, mais la vitesse et la lisibilité : un rough doit se comprendre d'un coup d'œil.
Au quotidien, il enchaîne les allers-retours : il propose plusieurs pistes visuelles, participe aux réunions de brainstorming, ajuste ses planches selon les retours du client, puis les décline en storyboard (la BD qui raconte le film publicitaire plan par plan) quand le projet est validé. Ses dessins servent ensuite de feuille de route à toute l'équipe : photographe, réalisateur, maquettiste, équipe 3D. Il veille aussi à la cohérence visuelle du projet, du premier croquis à la version finale.
La grande majorité des roughmen travaillent en indépendants, depuis leur propre atelier ou leur domicile, pour plusieurs agences à la fois. Le travail se fait à distance dans bien des cas (envoi de fichiers, visio pour les briefs), avec des passages en agence ou en studio lors des présentations client. Certains sont salariés d'une agence de publicité ou d'un studio de création, sous la responsabilité du directeur artistique.
Le rythme est irrégulier et souvent tendu : les campagnes se décident vite, on demande fréquemment des planches pour le lendemain. Il faut donc savoir gérer les pics d'activité, les nuits de bouclage et, en freelance, les périodes plus calmes. Physiquement, le métier est peu exigeant (travail assis, écran et table à dessin), mais il demande beaucoup de concentration et une bonne organisation quand on facture à la planche ou au projet.
Le roughman se spécialise souvent : storyboard publicitaire, storyboard cinéma et animation, concept art pour le jeu vidéo, scénographie de stands et de vitrines, illustration éditoriale. Avec l'expérience et un carnet d'adresses solide, il peut évoluer vers la direction artistique, le poste de chef de projet en agence, ou la réalisation. Beaucoup élargissent leur palette vers le motion design, l'illustration ou la 3D pour sécuriser leur activité. À l'inverse, un directeur artistique ou un illustrateur peut basculer vers le rough : les passerelles fonctionnent dans les deux sens, car ce qui compte avant tout, c'est le book.
Le métier est très peu répandu : on estime à environ 200 le nombre de roughmen en activité en France, car beaucoup de directeurs artistiques réalisent eux-mêmes leurs roughs. Les offres se concentrent en Île-de-France, où se trouvent la majorité des agences de publicité et des studios. Les débouchés existent surtout par le réseau et le bouche-à-oreille, rarement par annonce classique. Deux tendances à connaître : les outils d'IA générative bousculent la production d'images d'intention rapides, ce qui pousse le métier vers ce que la machine fait mal (comprendre un brief, proposer une mise en scène juste, dessiner en direct pendant une réunion) ; en parallèle, la vidéo, l'animation et le jeu vidéo créent de nouveaux besoins en storyboard et en concept art. La polyvalence (rough + storyboard + illustration + motion) est aujourd'hui la meilleure protection.