Attention : c'est un des métiers où la rémunération est la plus variable de France. En intermittence, on n'est pas payé au mois mais au projet ou à la semaine de tournage — un réalisateur peut toucher autour de 3 000 € pour un petit projet et 10 000 à 15 000 € pour un projet de taille moyenne, mais avec des périodes sans revenu entre deux tournages (compensées par l'assurance chômage des intermittents). Ramené au mois, un débutant salarié se situe entre 1 900 € et 2 300 € brut, un profil confirmé entre 3 000 € et 5 000 € brut, les têtes d'affiche du cinéma ou de la pub dépassant très largement ces montants. Les conventions collectives de la production audiovisuelle et cinématographique fixent des minima par semaine de tournage. S'y ajoutent les droits d'auteur (SACD/SCAM) versés lors des diffusions, qui peuvent représenter une part importante des revenus sur la durée.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (~22 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Aucun diplôme n'est légalement obligatoire pour réaliser, mais dans les faits le métier se prépare. Le niveau d'entrée le plus bas est bac+2 avec le BTS Métiers de l'audiovisuel (options métiers de l'image, montage et post-production, ou son), qui mène surtout à des postes techniques puis à la réalisation de formats courts, de films d'entreprise ou de plateau TV. Le cœur du métier se joue plutôt à bac+3 / bac+5 : licence puis master Cinéma et audiovisuel à l'université, bachelor et mastère en école privée (ESRA, EICAR, 3iS, ESEC, CLCF, EMC), ou les deux grandes écoles publiques sur concours après un bac+2 — La Fémis (4 ans, spécialité réalisation) et l'ENS Louis-Lumière (3 ans, spécialité cinéma), très sélectives et les plus reconnues du milieu.
Les voies d'accès concrètes : commencer comme assistant réalisateur, monteur ou cadreur, réaliser des courts métrages personnels, participer à des festivals et se constituer une bande démo (showreel). Beaucoup de réalisateurs de la pub, du clip ou du web sont autodidactes mais ont accumulé des années de pratique. L'alternance existe surtout sur les BTS et bachelors audiovisuels.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
Le travail d'un réalisateur se joue en trois temps. Avant le tournage (la préparation), il ou elle lit et retravaille le scénario avec les auteurs, le « découpe » en plans (le découpage technique, parfois dessiné en storyboard), participe au casting des comédiens, repère les lieux de tournage et compose son équipe technique avec la production. C'est aussi le moment où l'on discute budget et plan de travail : combien de jours de tournage, combien de plans par jour, quel matériel.
Pendant le tournage, le réalisateur est le patron artistique du plateau. Il ou elle dirige les acteurs, valide chaque cadre avec le chef opérateur image, arbitre sur la lumière, le son, les décors et les costumes, et décide quand une prise est bonne. Il faut tenir un cap créatif tout en respectant un planning serré : sur un plateau, chaque heure de retard coûte cher, et une trentaine de personnes attendent une décision.
Après le tournage (la post-production), le réalisateur travaille avec le monteur pour choisir les prises, donner du rythme au film, puis suit l'étalonnage (les couleurs), le mixage son et la musique. Il ou elle présente enfin le résultat au producteur, au client ou à la chaîne, et accompagne souvent la promotion du projet (festivals, avant-premières, réseaux sociaux).
Le rythme est très irrégulier : des semaines calmes d'écriture et de préparation, puis des périodes de tournage extrêmement intenses. La convention collective de la production audiovisuelle prévoit des semaines de 45 heures, avec des dérogations possibles jusqu'à 54 heures en tournage de fiction. Les journées commencent tôt, finissent tard, et le travail de nuit ou le week-end fait partie du jeu. Les tournages impliquent souvent des déplacements et un éloignement du domicile pendant plusieurs jours, parfois plusieurs mois.
La grande majorité des réalisateurs travaillent en intermittence du spectacle : des CDD d'usage projet par projet, entrecoupés de périodes de recherche de financement ou de développement. D'autres sont indépendants (vidéastes, films d'entreprise, clips) ou salariés d'une chaîne, d'une boîte de production ou d'un service com'. Une partie du travail — écriture, dérushage, suivi de montage à distance — peut se faire depuis chez soi, mais le tournage, lui, est 100 % présentiel.
On devient rarement réalisateur du jour au lendemain. Le parcours classique passe par des postes d'assistant réalisateur, de monteur, de cadreur ou de chargé de production, en réalisant en parallèle ses propres courts métrages pour se faire repérer. Certains passent d'abord par la publicité, le clip ou le documentaire avant d'accéder à la fiction.
Une fois installé, on peut se spécialiser (documentaire, série, animation, captation de spectacle, contenus de marque), passer du format court au long métrage, ou monter sa propre société de production pour maîtriser ses projets de bout en bout. D'autres évoluent vers la direction artistique, la production, la direction des programmes dans une chaîne ou une plateforme, ou vers l'enseignement en école de cinéma et d'audiovisuel — une passerelle fréquente et rassurante quand les projets se font rares.
Le secteur attire énormément et les places sont chères : beaucoup plus de candidats que de projets financés. L'étude annuelle Audiens/CNC présentée à Cannes en 2025 relève une baisse de 8 % du nombre d'intermittents en 2024 par rapport à 2023, avec un recul de l'activité en production audiovisuelle (-4 %) et en animation (-5 %). En parallèle, le nombre d'entreprises de la filière Image progresse (plus de 10 400 en 2024, +18 % depuis 2019) : le travail existe, mais il est de plus en plus éclaté entre de petites structures et des formats courts. Les vraies opportunités pour un jeune se trouvent moins dans le long métrage que dans la demande explosive de vidéo : contenus de marque, formats réseaux sociaux, captations, documentaires pour plateformes, films institutionnels et pédagogiques. C'est là qu'on se fait la main, qu'on construit un réseau et un showreel. La règle d'or du milieu : les projets se décrochent par le bouche-à-oreille et la réputation, pas par candidature spontanée.