Dans la fonction publique d'État, la grille du corps des professeurs des INJS et de l'INJA démarre autour de 1 826 € brut par mois au 1er échelon de la classe normale et monte jusqu'à environ 3 879 € brut en fin de hors-classe, hors primes et indemnités. Pendant la formation, les élèves-professeurs CAPEJS sont généralement rémunérés par l'établissement qui les recrute. Dans le secteur associatif médico-social (conventions collectives 66 ou 51), un professeur spécialisé débutant se situe autour de 2 000 € brut. À titre de comparaison, un enseignant de l'Éducation nationale démarre à environ 1 892 € brut en année de stage et dépasse 2 139 € après titularisation, avec les indemnités liées à l'enseignement spécialisé en supplément. Les enseignants des INJS/INJA dénoncent régulièrement l'absence de revalorisation de leurs décrets statutaires de 1993.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (statut cadre, ~25 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Le parcours classique passe par une licence (dans la discipline que l'on souhaite enseigner, en sciences de l'éducation, en sciences du langage ou en LSF), puis par un diplôme d'État spécialisé de niveau bac+5.
Pour enseigner auprès de jeunes sourds : le CAPEJS (certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement des jeunes sourds), délivré par le ministère chargé des Solidarités et préparé au CNFEDS à Chambéry (département de l'Université Savoie Mont Blanc), seul centre national sur cette spécialité. Le CNFEDS propose en parallèle un master MEEF « pratiques et ingénierie de la formation », parcours Enseignement et surdité. La formation se fait sur trois ans, souvent sous statut d'élève-professeur rémunéré en établissement.
Pour enseigner auprès de jeunes déficients visuels : le diplôme d'État de certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement adapté aux jeunes déficients visuels, créé par le décret du 15 avril 2024. Il remplace les anciens CAEGADV, CAEMADV et CAFPETADV de 1976 et se prépare à l'INSEI (ex-INSHEA) en coopération avec la DGCS ; il est aussi accessible par VAE.
Dans l'Éducation nationale, la voie est différente : il faut d'abord être professeur titulaire (concours CRPE ou CAPES), puis obtenir le CAPPEI (certificat d'aptitude professionnelle aux pratiques de l'éducation inclusive) avec le module d'approfondissement « troubles de la fonction auditive » ou « troubles de la fonction visuelle ». Un niveau A1 en LSF ou une première compétence en braille est exigé à l'entrée de la formation. Le CAPES externe de LSF constitue une autre voie, ouverte à la session 2026.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
Au quotidien, ce professeur fait ce que fait n'importe quel enseignant — préparer des cours, expliquer, interroger, corriger, évaluer — mais dans une langue et sur des supports que ses élèves peuvent réellement percevoir. Auprès de jeunes sourds, il enseigne en langue des signes française (LSF), en français signé ou en s'appuyant sur la lecture labiale ; auprès de jeunes déficients visuels, il transcrit ses documents en braille, en gros caractères ou en relief, décrit oralement tout ce qui est écrit au tableau et forme ses élèves aux outils numériques adaptés (plage braille, synthèse vocale, logiciels d'agrandissement).
Une grande partie du travail est invisible depuis la salle de classe : adapter un manuel, refaire un schéma de SVT en version tactile, découper une notion abstraite en étapes accessibles, régler un logiciel. Les groupes sont petits — souvent quelques élèves — et le suivi est très individualisé. Le professeur travaille aussi en équipe pluridisciplinaire avec des orthophonistes, des psychologues, des éducateurs spécialisés, des codeurs LfPC ou des interfaces de communication, et échange régulièrement avec les familles pour construire le projet personnalisé de chaque jeune.
Le métier s'exerce principalement dans les établissements spécialisés : les instituts nationaux de jeunes sourds (INJS de Paris, Metz, Chambéry, Bordeaux) et l'institut national des jeunes aveugles (INJA), ainsi que dans les établissements et services médico-sociaux gérés par des associations. Une partie de l'activité se déroule aussi hors les murs : accompagnement d'élèves inclus dans des classes ordinaires via les services de soutien (SSEFS, SAAAS), voire interventions à domicile en éducation précoce auprès de très jeunes enfants.
Le rythme suit le calendrier scolaire, avec un service d'enseignement d'environ 20 heures hebdomadaires devant élèves, auquel s'ajoutent la préparation, l'adaptation des supports et les réunions institutionnelles. Le travail est peu compatible avec le télétravail : signer, guider une main sur un relief ou observer un visage se fait en présence. Enseigner en LSF sollicite le corps (mains, bras, posture, visage) et demande une vraie endurance. Émotionnellement, le métier est exigeant mais très gratifiant : on voit les progrès de très près.
Avec l'expérience, on peut se spécialiser sur un public (éducation précoce, second degré, enseignement professionnel, élèves sourds-aveugles ou avec handicaps associés), sur une discipline, ou sur l'expertise technique (transcription braille, accessibilité numérique, ingénierie pédagogique adaptée). D'autres évolutions mènent vers la coordination pédagogique, la fonction de conseiller technique, la formation de formateurs (au CNFEDS ou à l'INSEI), la direction d'un établissement médico-social après un CAFDES, ou la recherche en éducation inclusive. Les passerelles existent aussi vers l'enseignement ordinaire, le métier d'enseignant référent handicap, ou les fonctions d'accessibilité et de diversité en entreprise.
Le vivier de professionnels formés est très restreint — quelques dizaines de diplômés CAPEJS par promotion, un centre de formation unique en France pour la surdité — alors que les besoins des établissements et services médico-sociaux sont constants. L'insertion professionnelle est décrite comme aisée, avec des postes régulièrement à pourvoir, y compris en CDI et sur des postes d'élève-professeur rémunérés pendant les études. Les offres proviennent des INJS et de l'INJA, des associations gestionnaires (réseau FISAF notamment) et des services d'accompagnement à la scolarisation. La montée en puissance de l'école inclusive et l'ouverture du CAPES externe de LSF à la session 2026 renforcent encore la demande. Point de vigilance : le nombre total de postes reste faible et géographiquement concentré autour des grands instituts (Paris, Metz, Chambéry, Bordeaux) et des services régionaux, ce qui suppose souvent d'être mobile.