En sortie de CAP, on démarre le plus souvent au SMIC ou juste au-dessus (environ 1 800 € brut/mois). Un professionnel confirmé en manufacture ou dans une maison de luxe se situe entre 2 200 et 3 000 € brut/mois. Les très bons repousseurs, capables de sortir des pièces complexes ou de restaurer des pièces anciennes, sont rares et peuvent négocier davantage. À son compte, le revenu dépend entièrement du carnet de commandes et de la clientèle (maisons de luxe, designers, restauration de patrimoine) : très variable, parfois faible les premières années.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (~22 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
La voie royale est le CAP Orfèvre option B : tourneur-repousseur en orfèvrerie, préparé en 2 ans après la 3e (12 semaines de stage en entreprise pour les scolaires, ou en apprentissage). Au programme : tournage et repoussage des pièces rondes, sertissage, traitements thermiques et de surface, plus des enseignements de technologie (métaux, outillages, procédés, contrôle de fabrication), de dessin technique et d'histoire de l'art de l'orfèvrerie.
Très peu d'établissements le préparent en France : principalement les CFA/écoles de Saumur (Institut de Bijouterie) et de Lyon, ainsi que l'école Tané à Ploërmel en formation continue. Les places sont rares, il faut candidater tôt et montrer sa motivation (dossier, dessins, stage de découverte).
Après le CAP, on peut poursuivre 2 ans en BMA Orfèvrerie option monture-tournure (niveau bac, souvent en apprentissage, notamment à la Haute École de Joaillerie) pour approfondir la technique et accéder à des pièces plus créatives, puis éventuellement en DN MADE mention objet (bac+3) pour la partie conception. Une reconversion adulte est possible via la formation continue et l'apprentissage, sans limite d'âge dans les métiers d'art.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
Le tourneur repousseur travaille sur un tour à repousser : il fixe un disque de métal (argent, laiton, cuivre, alliage, parfois or) sur une forme en bois ou en acier appelée mandrin, puis fait tourner l'ensemble à grande vitesse. Avec un repoussoir — un long outil en acier ou en bois qu'il appuie de tout son corps — il « colle » progressivement la feuille de métal contre la forme jusqu'à obtenir la pièce voulue. Un plat, un pied de coupe, une théière ou un abat-jour naissent ainsi en quelques minutes… après des années d'entraînement.
Avant de repousser, il lit le plan ou le dessin de la pièce, choisit le métal et son épaisseur, calcule le développé du flan (le diamètre de départ) et fabrique lui-même l'outillage : mandrins, formes, gabarits. Il maîtrise aussi les techniques voisines de l'orfèvrerie : rétreinte (resserrer le métal), planage (l'aplanir), reprise de la battue, moletage, tournage de surface, décors. Entre deux passages, il recuit la pièce au chalumeau pour lui redonner de la souplesse, puis assure les traitements thermiques et de surface. Il contrôle en permanence l'épaisseur, la symétrie et l'absence de plis ou de fissures.
Le métier s'exerce toujours en atelier : petit atelier d'artisan d'art, atelier de restauration, ou manufacture d'une grande maison d'orfèvrerie (Christofle, Puiforcat, Odiot, Ercuis…). Les horaires sont plutôt réguliers en entreprise, plus souples quand on est à son compte. Le travail se fait debout devant le tour, avec un effort physique réel : on pousse fort et longtemps sur le repoussoir, en gainant le corps. Bruit, poussières métalliques et vapeurs de recuit imposent des protections (gants, lunettes, masque, aspiration). C'est un métier de patience où la moindre erreur d'appui abîme une pièce en métal précieux : la concentration est constante.
Avec l'expérience, on se spécialise dans les pièces complexes, les grandes dimensions, la restauration de pièces anciennes ou de musée, ou la fabrication de prototypes pour des designers et des maisons de luxe. On peut devenir chef d'atelier, formateur en CFA ou en école de métiers d'art, ou s'installer à son compte comme artisan d'art (avec son propre poinçon de maître). Les plus reconnus visent le titre de Meilleur Ouvrier de France ou le label Entreprise du Patrimoine Vivant. La technique du repoussage ouvre aussi des portes vers l'industrie (repoussage de pièces aéronautiques, luminaires, instruments de musique) et vers les métiers voisins de la bijouterie-joaillerie.
C'est un métier de niche : l'orfèvrerie française ne compte que quelques dizaines d'entreprises et quelques centaines de salariés, il y a donc peu de postes ouverts chaque année. Mais très peu de jeunes se forment au tournage-repoussage, et les maisons de luxe comme les ateliers de restauration peinent à trouver des profils qualifiés : l'orfèvrerie figure parmi les métiers d'art en pénurie de savoir-faire. Résultat : les diplômés trouvent généralement du travail, souvent après un apprentissage qui débouche sur une embauche. Le secteur est tiré par le luxe et l'export (environ deux tiers du chiffre d'affaires) et par la demande croissante de pièces sur mesure et de restauration du patrimoine. La mobilité géographique aide beaucoup : les ateliers sont concentrés en Île-de-France, dans le Grand Est, à Lyon et dans quelques bassins historiques.