La très grande majorité des postes relève de la convention collective 66 (établissements pour personnes handicapées), avec une classification proche de celle des rééducateurs et éducateurs spécialisés. En début de carrière, on tourne autour de 2 000 à 2 200 € brut par mois, indemnité Ségur (238 € brut) comprise. Avec l'ancienneté, la rémunération progresse par points jusqu'à environ 3 000 à 3 300 € brut. La CCN66 prévoit en plus une indemnité mensuelle de 10 points pour les salariés titulaires du perfectionnement spécialisé (instructeur en locomotion ou rééducateur basse vision). Dans la fonction publique hospitalière, la grille est proche. En libéral, les revenus dépendent du volume d'actes et des conventions passées avec les établissements. Attention : les chiffres autour de 46 000 € par an circulant sur certains sites d'emploi ne sont pas cohérents avec les grilles françaises du secteur.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (~22 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Ce métier ne se prépare pas juste après le bac : c'est une spécialisation. Il faut d'abord un premier diplôme, puis le certificat d'État.
Étape 1 — un diplôme d'accès (Bac+3 en général) : DE d'ergothérapeute, DE de psychomotricien, DE d'infirmier, DE d'éducateur spécialisé, certificat de capacité d'orthoptiste, licence STAPS mention APA-S (activité physique adaptée et santé), DE de masseur-kinésithérapeute (Bac+5), ou diplôme d'enseignant spécialisé pour déficients visuels. Une expérience professionnelle significative dans le champ peut aussi ouvrir l'accès par équivalence.
Étape 2 — le certificat d'instructeur pour l'autonomie des personnes déficientes visuelles (CIADV), diplôme d'État de niveau 5 délivré par le ministère chargé des Solidarités (créé par l'arrêté du 21 septembre 2020, RNCP41761). Formation de 14 mois : environ 870 heures de cours théoriques et pratiques (anatomie et pathologies de l'œil, psychologie, pédagogie, techniques de locomotion, AVJ, législation et accessibilité) plus 12 semaines de stage (7 en locomotion, 5 en AVJ). Sélection sur dossier et épreuves d'admission.
Où se former : la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France (centre Access Formation) est aujourd'hui le seul organisme habilité, avec des sites à Paris, Lyon (FIDEV) et Bordeaux. Coût élevé (environ 15 500 à 16 300 € hors exonérations), très souvent pris en charge par l'employeur, un OPCO ou l'ANFH — d'où l'intérêt de viser une formation en alternance/AFEST ou un financement employeur.
À savoir : avant 2020, deux certificats séparés existaient (CAERL pour la locomotion, certificat d'instructeur AVJ). Ils ont été fusionnés en un métier unique.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
Tout commence par une évaluation : que voit encore la personne ? Comment entend-elle son environnement ? De quoi a-t-elle besoin au quotidien — aller au collège, faire ses courses, reprendre le travail ? À partir de là, l'éducateur en locomotion construit un programme sur mesure, séance après séance.
Concrètement, il enseigne les techniques de protection du corps, le maniement de la canne blanche (balayage, détection des obstacles, repérage des trottoirs et des escaliers), l'utilisation des indices sonores et tactiles, la mémorisation d'itinéraires à l'aide de plans en relief ou magnétiques, et l'usage des aides optiques et numériques (monoculaire, GPS piéton, applications de guidage sur smartphone). Depuis la réforme de 2020, le métier intègre aussi les activités de la vie journalière (AVJ) : cuisiner, s'habiller, gérer son courrier, organiser son logement. Il conseille les familles et les enseignants, préconise du matériel de compensation et donne son avis sur l'accessibilité des lieux (école, entreprise, quartier).
Oubliez le bureau : l'essentiel du travail se passe dehors, sur le trottoir, dans les transports en commun, ou chez la personne accompagnée. Les séances sont individuelles, durent souvent une à deux heures, et se déplacent d'un secteur à l'autre — le permis B est quasiment indispensable. Les horaires s'adaptent aux personnes suivies : plutôt en journée, mais avec des créneaux variables selon les scolarités, les emplois et les trajets réels à travailler (heure de pointe comprise).
On exerce surtout en association ou en établissement médico-social : instituts d'éducation sensorielle, SAAAS et SAFEP pour les enfants, SAMSAH, SAVS et SAEDV pour les adultes, centres de rééducation basse vision, EHPAD, écoles de chiens guides d'aveugles. Quelques professionnels s'installent en libéral. Le métier demande une vraie vigilance : on accompagne quelqu'un dans la circulation, la sécurité repose sur vous, et il faut savoir laisser la personne prendre des risques mesurés pour progresser.
Avec l'expérience, on se spécialise sur un public (jeunes enfants, adolescents scolarisés, adultes en reprise d'emploi, personnes âgées, personnes avec handicaps associés) ou sur un domaine technique (technologies d'assistance, chiens guides, basse vision). Beaucoup deviennent formateurs ou tuteurs de stage au centre de formation, référents accessibilité pour une collectivité ou un bailleur, chargés de mission auprès d'une association nationale, voire coordinateur ou chef de service dans un établissement médico-social (avec un CAFERUIS). Comme le métier s'exerce toujours à partir d'un premier diplôme (ergothérapie, psychomotricité, éducation spécialisée, STAPS APA...), un retour vers le métier d'origine ou une double casquette reste tout à fait possible.
Métier de niche mais en forte tension : les instructeurs pour l'autonomie des personnes déficientes visuelles font partie des profils les plus recherchés du secteur médico-social spécialisé. Le centre de formation annonce un taux d'insertion de 100 % à l'issue du cursus (enquête 2025), avec environ 94 % des diplômés exerçant effectivement le métier. Les raisons : un seul organisme habilité à former, des promotions de petite taille, de nombreux départs en retraite, et une demande qui augmente avec le vieillissement de la population (DMLA, glaucome) et le développement de l'école inclusive. Les recrutements se font surtout en CDI, dans les associations gestionnaires d'établissements (Fédération des Aveugles, APAJH, GAPAS, IRSA...), les services d'accompagnement, les centres de rééducation basse vision et les écoles de chiens guides. Le principal frein à l'entrée n'est pas l'emploi mais le financement et la sélection de la formation.