En début de carrière, un technicien de restauration numérique se situe autour de 2 000 à 2 300 € brut par mois, dans les eaux des grilles de la convention collective des entreprises techniques au service de la création et de l'événement (ETSCE) et de la production audiovisuelle. Avec de l'expérience et une spécialisation reconnue (films anciens, chef de projet restauration, responsable de laboratoire), on monte vers 3 000 à 3 800 € brut. Les postes en institution publique (INA, CNC, Cinémathèque) suivent des grilles plus encadrées mais offrent davantage de stabilité, tandis que le privé rémunère parfois mieux les périodes de forte activité. Fourchettes estimées, ce métier de niche ne faisant pas l'objet d'enquêtes salariales dédiées.
Estimation du net avant impôt sur le revenu (~22 % de charges). Le montant réel varie selon le statut et la convention collective. SMIC net mensuel ≈ 1 427 €.
Il n'existe pas de formation initiale unique menant directement à ce métier. La voie de référence est le CQP Restaurateur numérique image et son, délivré par la CPNEF de l'audiovisuel (niveau 5, équivalent Bac+2), accessible avec un diplôme de niveau 4 (bac) et/ou une expérience du secteur audiovisuel — il se prépare aussi par la VAE, notamment avec l'INA. Attention : cette certification est arrivée à échéance au RNCP en avril 2023, il faut vérifier son état actuel auprès de la CPNEF-AV.
Dans les faits, la plupart des professionnels arrivent par un BTS Métiers de l'audiovisuel (option montage et postproduction, ou option image), parfois par une licence professionnelle audiovisuelle, une école de cinéma (ENS Louis-Lumière, ESEC, 3iS, EICAR, CLCF) ou un cursus en conservation-restauration du patrimoine. La spécialisation s'acquiert ensuite sur le terrain et via des stages courts : l'INA propose des formations « Restaurer des images : film, vidéo », « Restaurer des images avec le logiciel Diamant » ou « Restauration de la pellicule ». La connaissance de l'histoire du cinéma et des supports argentiques est un vrai plus pour se faire une place.
Trouve des entreprises qui recrutent en alternance pour ce métier.
Tout commence par un diagnostic : le restaurateur ou la restauratrice examine le support de départ (bobine de pellicule, cassette vidéo, fichier numérique dégradé) et identifie ce qui ne va pas — rayures, poussières, moisissures, couleurs passées, image qui tremble, sauts de montage. Il ou elle décide alors des techniques à employer, de la résolution de scan, et estime le temps que prendra le chantier.
Vient ensuite la numérisation : le film est scanné image par image sur un scanner professionnel (type Arriscan) en 2K, 4K voire 8K, ou la vidéo est transférée en fichier. Puis la restauration automatique : des logiciels spécialisés comme Diamant-Film, PFClean ou Phoenix corrigent en série la stabilité de l'image, le dépoussiérage, l'abrasion, le grain, le scintillement. Enfin la restauration manuelle, la partie la plus fine : à la palette graphique, on retouche un à un les défauts que la machine n'a pas su traiter — une rayure qui traverse un visage, une déchirure, un raccord manquant. Une seconde de film, c'est 24 images à surveiller. Le travail se termine par le contrôle qualité et la livraison du master restauré (DCP, ProRes, DPX…).
Le métier s'exerce essentiellement en intérieur, dans des laboratoires de postproduction et de restauration, des studios d'étalonnage aux écrans calibrés et lumière maîtrisée, ou au sein d'institutions patrimoniales : INA, CNC (laboratoire de Bois d'Arcy), Cinémathèque française, Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, Gaumont Pathé Archives, ainsi que des sociétés privées comme Éclair Classics, Vectracom ou Transperfect Media. Les horaires sont plutôt réguliers, avec des pics avant les grandes échéances (Festival de Cannes et sa sélection Cannes Classics, ressorties en salle, rétrospectives, mises en ligne de plateformes).
L'effort physique est faible, mais la fatigue visuelle est réelle : on passe des heures à scruter des images au pixel près. Le télétravail est possible sur certaines phases de retouche, mais la manipulation des supports physiques et le contrôle colorimétrique se font sur site. Une règle d'or encadre tout le travail : la déontologie. On répare ce qui est abîmé, on ne réinvente pas l'œuvre ni les intentions de son auteur.
Avec l'expérience, on peut se spécialiser sur des supports difficiles (films nitrate, films muets, couleurs anciennes type Technicolor), devenir chef de projet restauration et piloter un chantier complet avec un ayant droit ou une cinémathèque, ou responsable de laboratoire. Des passerelles existent vers l'étalonnage, la postproduction, les effets visuels (VFX), la conservation d'archives audiovisuelles ou la gestion de collections dans une institution patrimoniale. À l'inverse, l'automatisation croissante des logiciels réduit la part de retouche manuelle : les profils qui savent aussi paramétrer les outils, gérer un flux de fichiers et dialoguer avec les archivistes sont ceux qui tiennent le mieux la distance.
C'est un métier de niche : quelques centaines de professionnels en France, répartis entre une poignée de laboratoires spécialisés et d'institutions patrimoniales. Les postes sont donc peu nombreux et l'entrée se fait souvent par un stage, une alternance ou une mission courte. La demande, elle, est portée par un mouvement de fond : le CNC a financé la numérisation et la restauration de près de 1 400 films entre 2012 et 2024, avec un budget porté à 3,6 M€ en 2025 (+40 % sur un an) ; les plateformes de streaming, les chaînes patrimoine et les ressorties 4K/UHD alimentent aussi les commandes. En face, les logiciels de restauration automatique progressent vite et réduisent la part de retouche manuelle. Résultat : peu d'ouvertures, mais des profils recherchés dès qu'on maîtrise à la fois les outils logiciels, les supports argentiques et les exigences déontologiques de la restauration. Les statuts sont variés : CDI en laboratoire, CDD d'usage ou intermittence sur projet, contrats publics en archive.